1935 L’élevage de rennes dans les Territoires du Nord-Ouest
Au début des années 20, le gouvernement fédéral commence à recevoir des rapports accablants, apparemment fondés sur des observations réelles faites sur place, démontrant que la population de caribous du Nord accuse une baisse substantielle, de sorte que les Inuvialuits à l’ouest de l’Arctique et les Inuits vivant plus à l’est seraient bientôt confrontés à la famine. Les Américains s’étaient heurtés au même problème en Alaska à la fin du 19 e siècle. Ils firent venir un grand troupeau de rennes d’Europe et essayèrent d’en introduire l’élevage au mode de vie des Inuits du nord de l’Alaska.
En 1929, le gouvernement canadien suit le mouvement et conclut un contrat avec une entreprise de Nome, en Alaska, afin de faire venir 3000 rennes dans l’Arctique canadien. Le 6 mars 1935, après une randonnée de cinq ans dans les montagnes du nord de l’Alaska et du Yukon, 2370 rennes arrivent dans le delta du Mackenzie (carte).
Le plan du gouvernement consistait, dans le cadre d’un programme d’apprentissage de trois ans sur les techniques d’élevage et de garde de rennes, à former de jeunes Inuvialuit vivant dans des pensionnats. Chaque diplômé du programme était alors installé dans un endroit à l’est du delta du Mackenzie et avait la responsabilité de surveiller un troupeau de rennes, de s’en occuper et de vendrela progéniture.
Ce plan semblait être une bonne idée, mais en réalité, le rendement, même avec un troupeau d’un millier de rennes, était beaucoup moins élevé que celui qu’on pourrait recevoir comme trappeur ou comme chasseur. Pire encore, l’élevage de rennes était difficile et le travail se faisait dans la solitude. Au cours des premières années, il n’y a eu que deux hommes qui se sont engagés à devenir apprentis. De 1935 jusqu’au milieu des années 50, seulement sept troupeaux indépendants sont établis.
Au cours de ces 20 années, plusieurs échecs sont ressentis, notamment le naufrage de la goélette inuvialuite Calla en septembre 1944, où onze personnes sont mortes noyées, dont d’importants chefs inuvialuitsen charge de troupeaux de rennes.
La fin de cette expérience gouvernementale arrive plutôt lentement vers la fin des années 50, mais se concrétise en raison des offres d’emplois alléchantes dans le domaine de la construction. En effet, deux projets d’envergure dans le Nord sont sur le point de se réaliser : la construction du réseau DEWet celle de la nouvelle ville d’Inuvik. En 1960, le gouvernement fédéral reconnaît la défaite; le troupeau est vendu et appartient aujourd’hui à des particuliers.