1939 Le Fort Simpson de Charles Camsell
Vers la fin des années 1930, la Canadian Broadcasting Corporation diffusait une série d'émissions radiophoniques appelée My Home Town, dans laquelle des Canadiens célèbres décrivaient leur communauté. CBC demande alors à un Ténois célèbre de l'époque, Charles Camsell, docteur en géologie, de décrire à quoi ça pouvait bien ressembler de grandir à Fort Simpson (carte) vers la fin des années 1800.
Charles Camsell est l'un des onze enfants nés de Sarah et Julian Camsell. Julian était en charge de toutes les activités de la Compagnie de la Baie d'Hudson aux Territoires du Nord-Ouest. Charles, tout comme ses frères et soeurs, est allé étudier dans le sud et pour lui, cela signifie la possibilité d'aller à l'université. Après l'obtention de son baccalaurat de l'Université du Manitoba, il va à l'Université Queen, puis à Harvard, d'où il ressort avec un doctorat en géologie.
Il devient ensuite géologue pour le gouvernement fédéral et fait son petit bonhomme de chemin dans le gouvernement, jusqu'à devenir sous-ministre des Mines, en 1920, membre du Conseil des Territoires du Nord-Ouest et ensuite Commissaire des Territoires du Nord-Ouest, en 1935.
En 1939, CBC demande à Charles de raconter certains souvenirs de son enfance aux Territoires du Nord-Ouest. Le souvenir le plus ancien de Charles est quand il a quatre ans et vit à Fort Liard(map). Il voit alors l'évêque Bompas amputer la jambre de David Villeneuve. Charles ne peut pas se souvenir pourquoi il faut couper la jambe de David, mais il se souvient d'avoir vu l'évêque couper la jambe avec une scie de charpentier, pendant que David fume la pipe et calmement, regarde l'opération.
On peut croire qu'après tout ça, le petit Charles Camsell de quatre ans a trouvé Fort Simpson un endroit ennuyant, mais à cette époque, c'est la plus grande communauté des Territoires du Nord-Ouest et le centre de toutes les activités de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Charles décrit la communauté comme le plus gros poste de la Compangie de la Baie d'Hudson, avec les quartiers des officiers, les entrepôts et les bâtiments qui abritent des bureaux.
Charles ne fait qu'étirer un peu la vérité quand il prétend que sa communauté avait en 1880 une bibliothèque, une salle de billard et un musée. Tout cela a en effet existé, mais ce n'était que des pièces individuelles au sein des quartiers pour les officiers de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
Le père de Charles avait rassemblé une collection étonnante de livres qu'on prêtait aux nombreux petits forts le long du Mackenzie; le musée était une collection d'animaux empaillés, de fossiles, de roches intéressantes, de défenses de mammouth, tout ça exposé dans une salle près de la bibliothèque. La salle de pool, ou salle de billard, comme on l'appellait, faisait partie de la salle de loisirs des officiers. Ça avait pris deux ans pour la faire venir d'Angleterre, mais était arrivée sans balles; l'un des mécaniciens du bateau à vapeur de la Compagnie de la Baie d'Hudson a remplacé les balles faites à partir de défenses d'ivoire de mammouth vieilles de 10 000 ans!